En route vers la maternité: Mes Espoirs & Angoisses sur le Fait d’Élever une Fille

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Quand j’ai découvert que j’attendais une fille, je me suis immédiatement sentie anxieuse. Non pas que je n’étais pas heureuse, loin de là, mais c’est comme si une partie de moi était plus à l’aise avec l’idée d’élever un garçon. J’ai alors réalisé que j’avais inconsciemment nourri la croyance qu’avoir un garçon, dans le monde dans lequel nous vivons, serait une tâche beaucoup moins difficile. Pourquoi? Comment suis-je arrivée à cette conclusion? Il y a plusieurs raisons. Tout d’abord, j’ai deux jeunes frères dont je me suis occupée dès le bas âge, donc c’est quelque chose de naturel chez moi. Deuxièmement, je suis une jeune femme dans la vingtaine qui documente et témoigne des différents défis que les femmes de ma génération rencontrent à travers le monde – des défis qui étaient encore plus grands pour les générations de ma mère et ma grand-mère. Troisièmement, le fait que nous soyons en 2017, mais devons encore lutter ou marcher pour défendre les droits des femmes et faire progresser la société, même dans les pays dits « développés », me fait réellement questionner l’avenir. Et enfin, parce que les inégalités de sexes existent, même quand nous essayons tant bien que mal de les éviter. Elles ont toujours existé et existeront probablement encore pendant un long moment. Je ne parle pas du débat récurrent entre certains de mes pairs, sur la question de savoir si les femmes et les hommes sont de nature différente, parce que pour moi, être égal ne signifie pas être identique. Je parle de droits humains fondamentaux auxquels tous les individus devraient avoir accès de manière égale, et ce quelque soit leur sexe, race, religion, orientation sexuelle ou statut social. Mais la raison la plus profonde de mon inquiétude et de mon léger moment de panique, celle qui m’a rendu le plus mal à l’aise, c’est le fait que j’avais peur. Peur que mon enfant doive faire face à plus de défis parce que la providence a voulu qu’elle soit une « fille ». Peur de ne pas pouvoir la protéger. Pas tout le temps, pas contre tout. Comprendre la cause profonde de mon angoisse m’a fait réaliser qu’une partie de moi avait en quelque sorte intériorisé le privilège accordé aux hommes dans la société, et l’oppression contre les femmes et les filles comme quelque chose de «normal». Quelque chose qu’un garçon n’aurait pas eu à subir. Alors, entendre mon médecin me dire « Félicitations, c’est une fille! » a résonné comme un électrochoc et m’a laissé avec une tonne de questions.

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Que vais-je dire à ma fille?

Qu’elle est née dans un monde où l’inégalité est une norme et peut être justifiée simplement par le genre? Où être une femme, en particulier une femme noire ou «issue d’une minorité visible», la mettra immédiatement au bas de l’échelle, ce qui signifie qu’elle devra travailler deux fois plus dur que les autres pour réussir? Devrais-je lui dire qu’il y aura des moments où elle devra justifier la plupart de ses choix: sa carrière, ses opinions, ce qu’elle fait de son corps, et parfois sa simple existence? Comment la préparer aux micro-agressions auxquelles elle sera confrontée au quotidien et aux pressions externes qui les accompagnent? Comment lui expliquer la misogynie, le sexisme, la violence et la discrimination sans vergogne contre les femmes et les filles dans le monde dans lequel nous vivons? Comment lui dire que dans de nombreuses parties du monde le viol reste impuni et la faute de la victime? Devrais-je mentionner que lorsqu’elle entrera dans le monde professionnel, il y a de fortes chances qu’elle soit moins bien payée que ses homologues masculins pour le même travail et le même niveau d’expérience? Je sais que la plupart de ces injustices existaient avant même que je sois née, et que la situation est meilleure aujourd’hui qu’elle ne l’était hier: lorsque les femmes avaient à peine le droit de travailler, de voter, d’hériter, de faire des choix sur leur propre corps (bien que dans de nombreux pays, ce n’est toujours pas le cas). Mais d’un autre côté, je n’ai pas l’intention d’élever ma fille avec l’illusion que le monde est un conte de fées géant où elle est une princesse.

Comme ma mère, grand-mère et la lignée de femmes qui m’ont précédé, je souhaite que ma fille rêve grand, aille dans des lieux où je ne suis jamais allée, atteigne les plus hauts sommets, soit heureuse et accomplie dans tous les domaines de sa vie. Mais je veux aussi qu’elle garde sa tête sur les épaules et soit préparée lorsque la tempête viendra.


Je lui enseignerai qu’elle peut faire et être tout ce qu’elle désire dans ce monde, aussi longtemps qu’elle croit en elle-même, travaille dur pour ses rêves, et persévère. Je lui dirai à quel point elle est belle, intelligente, digne, capable et forte. Et je m’assurerai qu’elle sait que c’est normal d’être vulnérable à certains moments. D’être humain, de faire des erreurs, de tomber et se relever. Je lui apprendrai que pour être aimée, elle doit commencer par s’aimer elle-même. Je souhaite qu’elle trouve la meilleure figure paternelle possible en son papa, et qu’elle ait des critères élevés en matière de relations en raison de l’amour qu’elle aura vu entre ses parents. Je l’encouragerai à être elle-même sans remords et à suivre son appel intérieur sans crainte. Malgré les ténèbres de ce monde, je prie afin qu’elle se concentre toujours sur les aspects lumineux, la bonté et l’humanité dans tous les êtres. Ma plus grande réalisation depuis le début de cette aventure est que je ne peux pas lui enseigner quelque chose d’aussi important, si je n’incarne pas ces qualités moi-même. Prêcher par l’exemple est le meilleur moyen d’influencer positivement les enfants, et les individus en général. Peut-être que son arrivée est un signal pour guérir toutes les parties de moi qui sont encore brisées, afin d’être entière et ainsi pouvoir lui offrir le meilleur. Peut-être est-ce un rappel d’être plus motivée et d’utiliser ma voix pour des causes dont je me soucie vraiment. Peut-être l’anxiété que j’ai ressenti est un moyen de me rediriger vers mon but ultime: enseigner aux jeunes filles comment être elles-mêmes et être épanouies dans tous les aspects de leur vie. Quel serait le meilleur moyen d’atteindre cet objectif que de commencer avec ma propre fille? En fait, il n’y aura pas de meilleure preuve de ma réussite puisqu’elle sera comme un miroir reflétant tout ce qu’elle a hérité de moi, le bon comme le mauvais, ainsi que sa propre lumière intérieure qui est unique. Peut-être que la peur que j’ai ressenti est juste un indicateur que c’est précisément là où le travail doit être fait, la tâche que je dois accomplir pour devenir la meilleure version de moi-même.

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Je suis toujours sur ce cheminement, cette quête vers la maternité, j’apprend des leçons chaque jour en faisant confiance à la vie. Mais ce que je sais avec certitude, c’est que le seul acte de porter et sentir grandir un enfant à l’intérieur de moi pendant les 8 derniers mois a été transformateur sur plusieurs plans. C’est comme découvrir des parties de vous-même dont vous ne soupçonniez pas l’existence auparavant. C’est témoigner du caractère multidimensionnel et magique des femmes. C’est apprendre à profondément vous aimer vous-même et embrasser le changement. C’est créer une connection profonde avec un être que vous n’avez pas encore rencontré, mais que vous aimez déjà tellement. Ma créativité est à la hausse, mon intuition est amplifiée, ma connexion au Divin est continuelle et je ne me suis jamais senti aussi «femme» que je ne le suis aujourd’hui. Ma fille change déjà ma vie d’une manière à laquelle je ne m’attendais pas. Et même s’il y a des jours où je suis toujours anxieuse à l’approche de son arrivée, je sais profondément que j’ai été soigneusement créée, préparé et conçue pour être un vase de vie, d’amour et de lumière.

« Dans ta lumière, j’apprend comment aimer. Dans ta beauté comment écrire des poèmes. Tu danses en ma poitrine où personne ne te voit, mais parfois, je te vois, et cette vision devient tout un art. »― Jalaluddin Rumi

Photographie: « Journey to Motherhood: Une série d’auto-portraits » (avec un peu d’aide de mon chéri).

Andréa Bomo

l'auteur

Andréa Bomo

Andréa Bomo est une journaliste et documentariste qui utilise le storytelling à travers différentes plateformes pour impulser le changement social. Son travail explore les questions relatives aux femmes et jeunes filles, la justice sociale, les pratiques culturelles et l’innovation sociale.

Un commentaire

  1. C’est très édifiant de te lire et surtout de découvrir la femme brave que tu es devenue. du courage dans ce que tu entreprends et fait et que le Seigneur lui même te hisse au plus et bénisse toutes tes entreprises et ta famille qui s’agrandit. Félicia La grande soeur de Boris et Antoine de Mbandjock

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