Claire Ndi Samba – Une vie au service des familles brisées

J'aime Ne bouge pas J'aime plus
 
2

Activiste, éducatrice, humanitariste, Claire Ndi Samba oeuvre depuis dix ans en faveur des enfants de détenus de prisons au Cameroun à travers son ONG Relais Enfants-Parents du Cameroun (REPCAM) créée en 2006. Celle-ci vise principalement à maintenir les liens parentaux entre les détenus de prisons et leurs enfants, qui constituent l’un des groupes les plus marginalisés de la société. Ces enfants vivants en marge de la société, sont souvent déscolarisés, en rupture familiale ou abandonnés à eux-mêmes et donc, exposés à toutes sortes de dangers. Des victimes silencieuses dont le nombre ne cesse de grandir.

Avec une population de 22 millions d’habitants, le Cameroun compte 78 prisons fonctionnelles et une population carcérale estimée à environ 26 000 personnes, dont des hommes et femmes en attente de jugement. Un nombre qui ne cesse de croitre au fil des années et a un impact sociétal considérable: aujourd’hui le nombre d’enfants dont l’un des parents est en prison est estimé à 54 000.

Claire Ndi Samba – Une vie au service de familles brisées Un groupe d’enfants soutenus par le Repcam dont l’un des parents est en prison
Un groupe d’enfants soutenus par le Repcam dont l’un des parents est en prison

L’aventure commence en 2006 alors que Claire est directrice de collège à l’Institut Samba secondaire à Yaoundé, fonction qu’elle occupe pendant 11 ans. Elle fait la rencontre de Joël, un élève de 12 ans, en rupture familiale et dont la mère est en prison. Au sein de son école, Joël avait l’habitude de voler des livres dans l’espoir de se retrouver en prison à son tour, seule alternative à ses yeux pour revoir sa maman. Intriguée et touchée par son histoire, Claire décide de l’accompagner en prison afin de rendre visite à sa mère qu’il n’a pas revue depuis trois ans. C’est à ce moment que se produit le déclic. Au milieu de retrouvailles riches en émotion à la prison centrale de Yaoundé, Claire constate la difficulté qu’éprouve la mère de Joël à « reconnecter » avec son fils, à recréer ce lien brisé et pourtant sacré, et à lui expliquer les raisons de son emprisonnement. C’est ainsi que Claire devient naturellement l’intermédiaire entre cette mère et son fils en trouvant les mots justes et adéquats pour recréer, petit à petit, le lien brisé. Marquée de cette expérience, elle s’engage par la suite à accompagner Joël sur le plan scolaire et personnel en mettant tous les moyens en oeuvre afin qu’il puisse rendre visite à sa mère régulièrement tout en maintenant son suivi scolaire. Très vite, elle comprend que le cas de Joël est loin d’être isolé et qu’il existe de nombreux enfants et adolescents à travers le Cameroun qui souffrent en silence de l’emprisonnement de leurs parents.

Un groupe d'enfants, accompagnés de Claire, se rendant à la Prison Centrale de Yaoundé où ils passeront la journée avec leurs parents
Un groupe d’enfants, accompagnés de Claire, se rendant à la Prison Centrale de Yaoundé où ils passeront la journée avec leurs parents

Stigmatisation, culpabilité, difficultés financières et matérielles, déscolarisation, rupture familiale, dépression, abus: telles sont les nombreuses difficultés auxquelles sont confrontés les enfants de détenus de prisons au Cameroun. Consciente du chantier que cela représente et animée par l’envie de répondre à cet appel intérieur, Claire démissionne de son poste de directrice d’école pour se consacrer entièrement à son organisation, REPCAM, qui compte aujourd’hui un réseau de près de 700 enfants à travers le Cameroun.

Des enfants de détenus après une remise de kits scolaires organisée par le Repcam
Des enfants de détenus après une remise de kits scolaires organisée par le Repcam

Depuis 10 ans, Claire et son équipe de bénévoles mènent différentes actions de terrain pour recréer les liens brisés entre les parents détenus de prisons et leurs enfants. Lors de la fête des mères et des pères, une célébration est organisée au sein des prisons de Yaoundé et Mfou durant laquelle les enfants passent des moments privilégiés avec leurs parents dans une ambiance festive. A l’approche de chaque rentrée scolaire, une cérémonie dédiée aux parents détenus et leurs enfants est organisée au cœur de la prison centrale de Yaoundé avec différentes animations et remise de kits scolaires.

Diaporama de

En fin d’année, une fête de Noël a lieu au sein de deux prisons au cours de laquelle les parents passent du temps avec leurs enfants et leur remettent des cadeaux symboliques.

L'équipe de REPCAM
Claire entourée de son équipe de bénévoles

Tout au long de l’année, le REPCAM collecte des dons afin de rendre possible ces différentes activités.

Mais le plus grand projet de Claire, et celui dont elle est le plus fière, est la construction d’un parloir destiné aux visites familiales au sein de la prison centrale de Yaoundé: un projet révolutionnaire au Cameroun qui permet aux parents de passer du temps avec leurs enfants comme s’ils étaient à la maison.

Le parloir
Eugénie, détenue à la prison Centrale de Yaoundé avec son fils de 10 mois, dans le parloir adapté aux familles du Repcam

Le but du parloir est de recréer un environnement « comme à la maison ». Dans un espace de 50 mètres carré équipé d’un salon, une cuisine, une salle d’eau, une aire de jeux pour enfants, le parloir permet à la famille de se retrouver dans un environnement sain, intime et convivial et de passer des moments privilégiés en famille, loin du chaos ambiant de la prison. Les parents ont par exemple la possibilité de cuisiner pour leurs enfants ou de jouer avec eux. C’est le premier parloir familial créé au Cameroun et certainement pas le dernier. Initialement bâti en 2009, il a dû fermer ses portes pendant plusieurs années faute de financement et d’autorisation légale de fonctionnement de l’administration pénitentiaire. Il a officiellement rouvert ses portes le 8 Avril 2016 en partenariat avec la Fondation ASAF et le Ministère des Affaires Sociales du Cameroun. Un projet pilote qu’elle souhaite répliquer dans le futur dans d’autres prisons à travers le Cameroun et l’Afrique.

Le parloir
Trois mères détenus dans le parloir adapté aux visites familiales (Prison Centrale de Yaoundé)

En plus d’être un lieu adapté aux visites familiales, le parloir va également abriter des ateliers de fabrication d’objets destinés aux femmes enceintes de la prison centrale de Yaoundé où elles pourront confectionner des chaussures et vêtements en vue de la naissance de leurs enfants. En effet, il est fréquent que des femmes enceintes, en attente de jugement ou condamnées, se retrouvent derrière les barreaux au Cameroun. Depuis le début de l’année, on compte en effet 8 femmes enceintes à la prison centrale de Yaoundé. Celles-ci vivent dans des conditions précaires et ont un accès restreint aux visites médicales prénatales et ressources nécessaires au bon déroulement de leur grossesse. Certaines femmes sont parfois contraintes de vivre avec leur nourrisson en prison n’ayant pas le choix. Ces femmes, qui représentent aujourd’hui la couche la plus vulnérable de la population carcérale, sont devenues l’une des cibles principales du REPCAM au même titre que les 150 mineurs incarcérés à la prison centrale de Yaoundé. Le REPCAM leur apporte une assistance matérielle, financière et psychologique.

Prix d’excellence pour le REPCAM

Depuis sa création, le REPCAM finance ses différentes activités à partir de fonds propres et s’appuie principalement sur les dons matériels et financiers de particuliers et d’associations issues en majorité de la diaspora. Malgré des besoins grandissants, les efforts de Claire et son organisation sont reconnus. En effet, après plusieurs années de travail acharné, son engagement et sa dévotion en faveur des enfants de détenus de prisons au Cameroun lui ont valu le prix de l’inclusion sociale au Social Innovation and Global Ethics Forum (SIGEF) à Genève en 2014 et le prix de l’excellence humanitaire 2015 du comité Africain de l’Excellence.

Le prix de l'inclusion sociale au Social Innovation and Global Ethics Forum
Claire reçoit le prix SIGEF de l’innovation sociale à Genève en 2014
Andréa Bomo

l'auteur

Andréa Bomo

<p>Andréa Bomo est une journaliste et documentariste qui utilise le storytelling à travers différentes plateformes pour impulser le changement social. Son travail explore les questions relatives aux femmes et jeunes filles, la justice sociale, les pratiques culturelles et l’innovation sociale.</p>

2 commentaires

  1. Waooooh is so amazing what you are doing for those kids and their parents…giving hope,joy ans fait which is thé most important cuz i believe being imprison and not having that possibility to educate a child proprely so that they dont commit the same errors as their parents…really amazing…Madame Ndi..your familly may have a gorge against you but one and only one person is satistified and happy with what you are doing ans that person is the Almighty…cuz hé has provided you with the strenght ans power to move ahead with your heart desire…Seeing the joy…smile you bring to those vulnerable children is encouraging..keep on with that one heart and love…

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *